TRAIL TOUR 06   

Le contour des Alpes-Maritimes en trail et en suivant le tracé du département

« Après plusieurs Tours sur route à son actif, Thierry KERHORNOU se lance en trail »

Du 11 au 23 juillet 2015

528,76 km pour un D+ de 29 700 m

en 12 jours 08 heures et 32 mn

 

LE RECIT par Isabelle Chansigaud

Après un vendredi consacré aux préparatifs, à savoir récupérer le camping-car dans des embouteillages dignes d’un début de saison estivale, et les sérigraphies à l’effigie du Trail Tour 06, faire les courses en prévision de notre itinérance à travers les montagnes, nous voilà fin prêts pour l’aventure, malgré le téléphone portable de Maïe qui fait des siennes et nous impose un coucher tardif, le temps que Doc’Titi résolve le problème. Du coup, nous voici au petit matin un peu « à la bourre », mais parvenus à l’heure dite sur la Prom’ où nous attendent quelques fidèles ainsi que Paloma.

 

C’est sous une chaleur accablante que Thierry entame son Trail Tour o6 ce 11 Juillet 2015, au coup d’envoi donné amicalement par José COBOS au nom de la ville de Nice.

Karen, levée dès potron-minet pour l’occasion, lui embraye le pas en direction du port de Nice. Passés les sentiers du littoral sous Coco-Beach et la descente  vers la Darse à Villefranche-sur-Mer, Jean-Phi les rejoint aux Marinières, ses vêtements urbains troqués contre une tenue de running et un de mes tee-shirts Datcharun, ce qui lui autorise pour la bonne cause une amusante pseudo-usurpation d’identité qu’il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir revêtue un jour !!

C’est parti pour le tour du Cap Ferrat, rendez-vous est donné à Beaulieu, au bout de la promenade Maurice Rouvier. La canicule est éprouvante et oblige les coureurs à se mouiller la tête souvent, mais ils tiennent bon jusqu’à la première pause à la Petite-Afrique, clin d’œil à l’AMRT J tandis que Karen cherche les oiseaux J

 

Il n’est pas toujours facile de les suivre, Maïe et moi avons tendance à emprunter le parcours du Décrassage du Réveillon, et je me fourvoie parfois à attendre au mauvais endroit !! Mais tout le monde s’y retrouve, et de ville en ville, de port en port, leurs baskets déroulent les kilomètres. Je me rends compte que je ne connais pas tous les sentiers du littoral, tant s’en faut.....

Thierry, Jean-Phi et Karen parviennent à Menton-Garavan plus tard que prévu, quasiment en même temps que l’arrivée du Trail Cro-Magnon, et c’est l’occasion de retrouver Jean-Pierre et Célian.

Harassés par la chaleur, un petit « plouf » dans la mer ne serait pas du luxe, mais elle est d’une saleté repoussante et seule la douche nous apporte un semblant de réconfort. Quelques courses au supermarché voisin, avec Karen et Jean-Phi qui essaient les fauteuils du magasin J Les bouteilles d’eau ont filé à grande vitesse, mais je me trompe de marque, c’est qu’il faut de l’eau de source s’il-vous-plaît J et les glaces à l’eau que j’achète sont immangeables, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions et là j’ai vraiment tout faux !!

 

Au crépuscule Thierry repart pour la nuit, lesté de son sac à dos WAA, de son duvet, de ravitaillement solide et liquide en quantité présumée suffisante, pour affronter le « mur » qui s’élève au-dessus de la petite gare de Garavan via le GR 52, pour gagner le Plan-du-Lion, le Berceau et le Grammondo en direction de Fanghetto, où Maïe et moi allons nous installer pour l’attendre. Titi nous a parlé d’un pont aisément reconnaissable en contrebas de la route, mais que nous allons chercher en vain dans la nuit noire, avant de nous garer à la frontière italienne un kilomètre plus loin, ledit pont n’étant autre que… celui du bar-tabac de Fanghetto, que nous connaissons bien pour nous y être souvent arrêtés, mais c’était sans doute trop simple pour notre champion de nous présenter ainsi les chosesJ

C’est en pleine nuit que nous revenons à sa rencontre au bon endroit, alors qu’il a vécu ses premiers déboires avec des sentiers peu ou pas balisés, non entretenus, devenus inexistants par moments lorsque la nature a repris ses droits, et qu’il s’est égaré dans la nuit, les sangliers n’ayant pas été à même de le rediriger J Après sa journée de canicule sur le littoral, il en a plein les pattes et s’octroie un court repos avant de repartir au petit matin.

Je profite de l’aube pour tenter de repérer en vain son prochain départ d’itinéraire. Hormis un superbe pont ancien et deux bornes frontières d’antan, je longe la rivière et me retrouve face à des roches m’empêchant de progresser en direction des deux petits tunnels que j’aperçois pourtant au loin.

Mais Thierry est un guerrier et ne veut pas s’en laisser compter, il part donc vaillamment à la recherche de ce que je n’ai pas trouvé, Maïe et moi prenons la direction de Tende, avec pour objectif de gagner en camping-car le col éponyme. Nous faisons une pause dans le village, et quelques courses. Je décide de questionner le tenancier du bar sur la route d’accès au col de Tende, intuition ou autre que sais-je… mais bien m’en prend, car il nous apprend que la route côté français est condamnée pour travaux, et il nous faudra passer par l’Italie … et oui TuTuuut va connaître un grand tunnel et il n’aura même pas peur, les oreilles positionnées  de façon aérodynamique et attentif ;-)

Mais j’anticipe, car auparavant, Thierry nous a appelées, il joue de malchance et n’a pas non plus trouvé la suite du sentier, résolument barrée par la végétation qui a repris ses droits dans les rochers faute d’entretien, et il souhaite tenter un redémarrage en contrebas de Libre, seule échappatoire potentielle à sa mésaventure. Nous redescendons donc à sa rencontre, il faut dire que nous commençons à connaître la route et Maïe maîtrise le camping-car comme un chef  J, et après avoir déposé Thierry, cette fois-ci c’est parti pour les forts du col de Tende, prochain lieu de rencontre prévu. Les problèmes de réseau commencent à devenir un réel handicap, et nous n’avons plus de nouvelles, il doit visiblement être confronté au même problème que nous. Des radios nous auraient vraiment bien rendu service !!

Au petit matin, après un coucher de soleil magnifique jouant à travers les nuages, un selfie avec TuTuut et Maïe pour s’endormir, version colonie de vacances ;-) une nuit fraîche et silencieuse loin du brouhaha de la civilisation, nous nous réveillons dans ce cadre idyllique, mais pas de nouvelles de Titi, et le vent de la nuit dans un décor de voie lactée et d’étoiles filantes nous fait craindre qu’il n’ait eu froid s’il s’est égaré.

Après m’être assurée auprès du quatrième poteau à droite (le seul captant un tantinet de réseau) qu’aucun message de Thierry ne m’ait échappé, je décide d’aller faire une petite balade à travers les forts du col de Tende que je ne connais pas, sans trop m’éloigner au cas où… bien m’en prend, car à peine sortie du Fort Central, Maïe, qui s’était époumonée à tenter de me rappeler mais que je n’avais pas entendue, réussit à me contacter pour m’informer que Titi nous attend …. à Saorge… et hop une petite descente du col de Tende via l’Italie. Etant donné les carences d’entretien et de balisage sur les sentiers de l’extrême est frontalier du département, lorsqu’ils existent encore et que la végétation n’a pas repris ses droits dans les rochers, notre traileur exprime sa détermination de faire…  « du trail, pas de la randonnée à quatre pattes », après avoir passé la nuit sous un oratoire, totalement perdu. Cette osmose parfaite avec la nature, accompagné de quelques sangliers, peut avoir un certain charme, voire un charme certain, mais ça reste à démontrer dans un tel challenge. Force de caractère et volonté obligent, un petit détour s’impose mais pour repartir de plus belle, directement du col de Tende.

C’est ainsi qu’en cette fin d’après-midi, après avoir récupéré un peu au bord de la Roya en côtoyant des adeptes de canyoning, nous remontons sur les hauteurs de notre cher col de Tende dont TuTuuuT ne se lasse pas ;-). Dixit Titi sur le dernier kilomètre, on ignorait d’ailleurs que le camping-car avait une option trampoline ;-) . Après un court repos, c’est lesté de son paquetage qu’il repart en direction de Peyrefique pour gagner la vallée des Merveilles.

Pour ma part, j’espère aller à sa rencontre en direction du refuge de Nice au départ de la Gordolasque, mais c’est sans compter avec la suite des aventures de la rencontre d’un beau brun avec un joli chamois rouquin, mais chuttt… ça c’est pour plus tard ;-)

En attendant, Maïe et moi redescendons pour la troisième et dernière fois du col de Tende, car une longue route nous attend, passant par le col de Brouis et celui de Turini, afin de rejoindre la vallée de la Vésubie où nous comptons rejoindre Thierry le lendemain, nous allons donc chercher un endroit sympa pour dormir.

Au crépuscule, après avoir décidé de nous avancer par rapport à Turini-Camp d’Argent où nous avions initialement imaginé de nous arrêter, nous jetons notre dévolu sur un emplacement que nous avions repéré l’année dernière en direction de la Bollène-Vésubie. Mais la place est prise, par un curieux individu pas très net en apparence, visiblement bien installé pour la nuit avec la remorque de sa vieille moto et son matelas pneumatique suranné. Peut-être pas bien dangereux, mais nous avons envie d’être tranquilles et poursuivons notre route, dénichant enfin une place convenable alors qu’il est 22 heures et que la nuit est tombée. Joli petit endroit, calme, une table et un banc en bois et …. des lucioles qui égaient doucement la douceur du soir, enfin un peu de repos…. mais que nenni !! Titi nous joue encore un de ces tours dont il a le secret.

A peine installés, TuTuuuT sagement assis devant son petit verre de vin et son sandwich aussi gros que lui ;-), mon téléphone sonne. Habituellement je ne prends pas les appels inconnus de mon répertoire, mais là, on ne sait jamais. « Allo ? Ici le refuge de la Valmasque »…. grand blanc, je n’ose même pas regarder Maïe et mon cœur bat la chamade… « Je vous appelle de la part de Thierry Kerhornou, il va bien (oufff …. j’ai eu peur !), et vous fait savoir qu’il sera vers cinq heures du matin à la Madone de Fenestre ». très sympa en outre ce gardien, on parle deux minutes, il nous conseille même un endroit où avoir un peu de réseau à la Madone. Par contre exit pour moi le rendez-vous du refuge de Nice :/

C’est reparti,  car entre  arriver après minuit ou se lever à 3h du mat pour y aller, ça ne change pas grand-chose, au moins on sera sur place. Vers 1h du matin, nous voici enfin installées à la Madone de Fenestre où nous avons certainement dû réveiller quelques randonneurs déjà endormis, qui ont bien dû se demander quels étaient ces hurluberlus débarquant en pleine nuit dans un camping-car !

A cinq heures du mat, je laisse dormir Maïe qui en a bien besoin après toute cette route, et commence mes allées et venues en attendant Thierry. Les heures passent, et je ne vois rien venir d’autre que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie …. Après avoir tourné en rond plus que de raison, je me décide à partir à sa rencontre sur les sentiers. Au bout d’une bonne heure, toujours rien… à part un très joli pinson des arbres, et comme je ne peux joindre ni Maïe ni Titi faute de réseau, je fais demi-tour et regagne le camping-car. Il est environ 9h et entre temps j’ai envoyé Bruno et Jean-Phi à …. Isola 2000 pour récupérer Titi vers le col Mercière, en me fiant au planning oups …. Je récupère le coup, ils vont nous rejoindre à la Madone, car Thierry, enfin joignable, a passé la nuit sur une pierre aux abords du lac Autier, mais ça il ne s’en est rendu compte qu’au petit jour, réveillé par un chamois rouquin ;-) il arrivera donc finalement tout sourire vers midi, les marques de balisages enfouies sous les névés et les cairns peu visibles la nuit surmontés.

Nous voici tous une fois de plus réunis, que d’émotions sans réseau pour communiquer !! Une pause déjeuner au refuge de la Madone est la bienvenue pour recharger nos batteries et celles des appareils, même si nos chargeurs nomades nous lâchent les uns après les autres. TuTuuuT est ravi de retrouver Bruno, son complice ;-) Les toits pentus des lieux sont autant de havres de paix pour les hirondelles qui y ont élu domicile et tournoient sans relâche dans de rapides ballets aériens pour nourrir les petits becs jaunes de leurs progénitures affamées.

Et voilà nos trois amis prêts à rejoindre le Boréon à travers la montagne, par le pas de Fenestre en saluant au passage les bouquetins qui ont élu domicile dans les anciennes casemates. Nous y passerons la nuit, désormais Thierry évitera les étapes nocturnes, qui le ralentissent inutilement et présentent trop de dangers. Nous établissons notre campement au bord du torrent, et en profitons pour nous y baigner, comme c’est bon, les cris de Maïe ont dû réveiller même les  rochers, mais je vous jure qu’elle s’est baignée aussi !! Nos sportifs arrivent enchantés de leur traversée où ils ont vu de nombreux chamois, bouquetins et marmottes, Maïe se joint à eux pour quelques foulées,  et ils tentent de déplacer des montagnes en guise de sièges ;-) et nous passons une très agréable soirée de détente avant que Bruno et Jean-Phi ne repartent, mais c’est pour mieux revenir très bientôt.

Au petit matin, Thierry reprend son rythme en direction du col de la Lombarde, et nous aussi. Passé Isola 2000, le paysage là-haut est toujours un véritable enchantement. Je pars en reconnaissance, et me trompe de sentier, me retrouvant dans un pierrier abrupt et en à-pic auquel je renonce assez rapidement, me rendant compte de ma méprise, croisant au passage un criquet inconnu et de superbes lis orangés. Au camping-car Gilles nous tient compagnie en famille, avant d’aller à la rencontre de Titi, lequel se fait un peu désirer, c’est ça les stars ;-) en réalité il va arriver par un pierrier totalement hostile, qui empêche toute progression normale. Je m’avance au maximum, et je les vois dévaler tous les deux dans cette pente de fort pourcentage aux rochers glissants. C’est fou comme ils sont à l’aise en descente, je suis admirative.

Bon, ce n’est pas le tout ça, un col en appelle un autre, quand on aime on ne compte pas ;-) direction le col de la Bonette à présent, et oui il n’arrête pas !! En résumé, pour Maïe et moi, ça consiste à redescendre sur Isola pour remonter via Saint-Etienne de Tinée. Quant à Thierry, il va découvrir les acrobaties du sentier du vallon Cascaï qui remonte vers Rabuons et le chemin de l’Energie, entrecoupé d’échelles et de passages pentus à souhait mais, à ce qu’il paraît, magnifiques. De là, il rejoindra les Lacs de Vens, puis le Plateau de Morgon.

Les blondes que nous sommes à nos heures inventons un sketch amusant : alors que nous découvrons qu’une de nos réserves d’eau doit avoir une fuite, et incriminons la bonbonne de 5l d’en être responsable (à tort puisqu’il s’avérera que c’était le jerrican), je décide de ne pas gaspiller l’eau et d’en profiter pour laver le pare-brise. Alors que je verse l’eau à cet effet, Maïe, très disciplinée, actionne les essuie-glaces lol ;-) que j’esquive une première fois, mais pas une deuxième car elle s’obstine la coquine ;-) ça tourne au gag et au super fou rire évidemment, ah ben oui on est des filles ;-)

Second gag, alors que nous redémarrons après cette pause ménage-rangement, des bruits de roulement nous interpellent dans l’habitacle. Non ce n’est pas la porte du frigo je l’ai revissée, non ce n’est pas celle du cabinet de toilette elle a eu sa claque pour la refermer, et oui on fait comme on peut …. Ce sont les bouteilles trop bien rangées par Maïe, qui les a consciencieusement toutes bien alignées dans le même sens, trouvant que mon rangement alterné faisait désordre pardon ;-) comme ça maintenant elles peuvent rouler librement au gré des virages ;-)

Rendez-vous pris au hameau du Pra que je vais visiter, tandis que Maïe trouve une très jolie chenille tailleuse rouge et noire à filmer, superbe, par contre Rywan va devoir lui faire un prix pour les chaussettes ;-) et les mouches commencent à nous rendre dingues, mais ce n’est rien à côté des taons qui nous attaquent sans relâche. Et là, pas un poil d’onde de réseau :/ Comme il y a longtemps que j’ai envie de découvrir le Plateau de Morgon, c’est l’occasion où jamais, j’ai largement le temps avant l’arrivée de Thierry, il y un seul sentier donc pas de risque de se louper mutuellement, et avec un peu de chance du réseau plus haut… bingo mais très loin quand même. De beaux lézards me tiennent compagnie. Passé le Plateau qui est effectivement très joli et bucolique, je peux communiquer avec Titi qui a pris un peu de retard, alors … je redescends rassurer Maïe qui « cuit » dans le camping-car et je remonterai après, ça me fait un peu d’exercice. Dans ma deuxième ascension je retrouve Thierry qui redescend de la maison forestière de Tortisse et nous faisons un bout de chemin ensemble.

Une belle surprise m’attend lorsqu’il me propose de l’accompagner du Pra au Camp des Fourches à travers la montagne. Je crois que c’est le plus beau souvenir de ce tour pour moi, cette ascension dans le calme du soir, le pas de la croix blanche, des marmottes par dizaines, très peu farouches, des chamois qui traversent, ce pont effondré sur le lit du torrent qui finalement se traverse très bien, le crépuscule qui tombe à notre arrivée, ce furent des instants merveilleux,les seuls qu’il m’a été donné de partager aux côtés de Thierry, les autres itinéraires n’étant pas à ma portée. En outre une nuit au camp de Fourches c’est toujours un moment magique, surréaliste, j’adore cet endroit.

Par contre, le col de la Bonette, c’est par la route pour tout le monde, donc « changement de pneus » obligé pour Thierry. J’ai une mission importante, noter les kilométrages des chaussures, et elles en avalent des kilomètres et du dénivelé, même les marmottes sont admiratives et se font joueuses dans le petit matin pour nous offrir de jolis ballets. Pour la première fois je vais avoir le temps de monter vraiment au sommet, à la table d’orientation faire des photos, même si je rate celle d’un faucon crécerelle passé trop vite. Je découvre l’autre versant sous un autre angle, en prenant le temps de l’observer, comme ces étoiles de pierre géantes gravées dans le sol aux abords des anciens bâtiments militaires.

Tandis que Thierry rechausse ses trails pour prendre la piste qui part en direction du col de la Cayolle, nous reprenons la route via Jausiers et Barcelonette, avec pour prochain point de ralliement, environ 6 km sous le col, un peu avant Estenc. Je fais ma seule et unique tentative de conduite de camping-car, celui-ci n’est pas automatique et je ne suis vraiment pas à l’aise, alors statu quo, c’est Maïe qui conduit et moi qui gère le reste, heureusement que nous nous complétons bien J De fil en aiguille, c’est le cas de le dire, vu la hauteur des herbes on y perdrait même un Titi dans une botte de foin parmi les coccinelles, nous naviguons entre le col de la Cayolle et la Cantonnière d’Estenc, ne sachant trop si Thierry est déjà passé, et lorsqu’il arrive, il peste contre mes photos version « la petite maison dans la prairie » alors qu’il y avait paraît-il un coin superbe tout proche…. Mais j’ai oublié ma boule de cristal à la maison, alors je fais comment pour deviner moi ? ;-)

Estenc nous réconcilie avec l’apaisement, le petit lac est idyllique et les rafraîchissements au top, le val d’Entraunes que nous allons redescendre est un ravissement à chaque fois renouvelé. Pas de petits lapins cette année, à la mi-journée ils sont certainement en mode sieste car il fait chaud même à cette altitude. Sur la carte, nous repérons un camping qui n’est plus en service, et c’est à Saint-Martin d’Entraunes que nous allons trouver notre bonheur, au Prieuré. C’est bien connu, il faut être privé pour apprécier, alors le courant, une bonne douche et une lessive ça a du bon !! C’est aussi l’occasion d’instaurer une nouvelle règle de communication, chaque texto sera désormais assorti de son heure d’envoi… la vraie, pas celle du réseau, ce qui évitera désormais tout quiproquo. Une ânesse et son petit nous font plein de câlins, ainsi qu’une adorable petite minette.

Malgré tout je suis un peu triste quand je me dis que demain il faudra redescendre vers Daluis et retrouver la chaleur accablante, mais j’ai glané au passage des fiches de randonnées originales, et au petit matin un chevreuil traversant devant le camping-car nous émerveille.

La campagne d’Enaux et Sussis est magnifique, je découvre ces deux tout petits villages que je ne connaissais pas, nichés au bout du monde dans un écrin de nature. Meules de foin fraîchement enroulées, jardinets bien entretenus aux tournesols offrant leur jaune vif au ciel, hôtes des lieux étonnés et surpris de nous voir venir nous perdre en ces lieux reculés avec notre grosse maison sur roues. Même les chiens nous font la fête et sont heureux d’avoir des caresses. Je pars souvent en repérage de stationnement pour le camping-car, mes tongs en auront fait des kilomètres, car quand il n’y a pas de réseau on multiplie les allées et venues !!

A Guillaumes nous faisons le plein d’essence et quelques courses, avant de gagner le village de Daluis, perché et quasiment inaccessible, après une courte pause photos au Point Sublime le bien nommé dans les roches rouges. Finalement notre point de rencontre était un peu avant le village, à la Salette vers le restaurant que nous avait conseillé le pompiste-épicier de Guillaumes, mais nous n’y déjeunerons pas vu l’heure tardive. Le Var déroule ses méandres à présent le long de notre route. Quant à Thierry il a repris les sentiers via le bois de la Faye et Saint-Léger en direction de Puget-Théniers. C’est à Entrevaux que nous allons dénicher pour la nuit un très joli camping, celui du Brec, où notre emplacement 69, outre le fait qu’il nous fait sourire, est idéalement situé au bord d’un lac où je vais me baigner, au petit matin, seule avec les poules d’eau, un régal cet endroit, tandis que TuTuuut découvre les joies de la balançoire ;-)

Nos fidèles accompagnateurs, Jean-Phi et Bruno nous attendent à Puget-Théniers, mais le départ va être quelque peu différé, car Thierry a un pied très enflé. Ma modeste expérience de balades en montagne me fait immédiatement penser à une réaction allergique à une piqûre de taon. Mais l’inquiétude gagnant le reste de l’équipe, bien que Bruno s’essaie aux graffiti sur la vitre arrière du camping-car ;-) , nous tentons de trouver un médecin, et même de solliciter l’hôpital de Puget-Théniers, avant de nous rendre compte que de médecin… nenni, et que de l’hôpital ne subsiste qu’une maison de retraite… que les pompiers nous conseillent les urgences… de Nice, enfin bref là-haut les secours c’est l’arlésienne nous allons donc prendre la situation en mains. Nonobstant les angoisses des uns et des autres, je contacte mon ami infirmier par téléphone, qui confirme mon diagnostic, et comme je suis dotée d’une pharmacie de secours bienvenue, je mets sous cortisone notre Titi qui va pouvoir repartir tester son pied en toute sécurité et bien encadré par ses deux amis, après avoir minutieusement inspecté ses chaussures… à la pince à épiler. L’exercice lui est bénéfique et rapidement il oublie son œdème et repart de plus belle J

Comme je dispose de ma petite 107 pour la journée, nous allons faire un tour au col de Besseuges, niché au fin fond d’une toute petite route qui part du col Saint Raphaël. A Saint-Pierre, ce n'est rien de dire que la pantomime de Bruno prend toute son ampleur, l'autruche est en pleine forme :) dans ce village quasi-lilliputien à la placette hospitalière où nous nous installons le temps des heures les plus chaudes. Je crois vraiment que les autochtones de ces villages et hameaux du bout du monde nous ont pris parfois pour des extraterrestres, tout de orange vêtus, et troublant de leurs cris et leurs rires des siestes d'habitude jamais dérangées. C'est ainsi que le trio Datcharun met le cap en direction de Collongues, guidé par les conseils avisés d’un petit garçon qui connaît visiblement bien les lieux, sinon, « nom d’une autruche, si tu n’es pas sûr d’être sûr, on revient !! » ;-)

Cette fois-ci, nous avons le temps de visiter le village, mais nos amis nous jouent un de ces tours dont ils ont le secret, celui de ne pas arriver à l'endroit prévu !! C'est le paradis des chats ici, une dame en a même recueilli une trentaine, et les aigles tournoient dans le ciel. Ce village est très beau, avec ses petites ruelles et ses maisons joliment décorées. De Collongues à la chapelle Saint-Jeannet  résonnent dans la forêt des Miolans des voix que je reconnais, dont l'écho distance largement les foulées des coureurs, que j'attends en souriant toute seule de les entendre sans les voir. Dans le sous-bois bien venu vu la chaleur qui règne, ils arrivent, toujours en pleine forme, non sans avoir sur leur passage troublé la quiétude d'une laie et de ses marcassins. L'autruche se livre à des exercices entre pompes au sol et natation version brasse sur asphalte, avant une interview dont il a le secret, j'ai bien du mal à filmer ce sketch tellement je suis pliée de rire !! Il nous présente, baguette en main, l’équipe de choc : « Casaque orange, dit doubles lunettes, alias casaque rouge, premier de la course », «  en deuxième position casaque jaune, dit simple lunette », et « Maïe, photographe attitrée, présente ici présente, à temps partiel coureuse avec Adidas double boost » J

C'est au camping de Saint-Auban que nous établissons notre camp de base pour une nuit … quelque peu agitée, où je vais apprendre à entendre klaxonner ma voiture à 3h du mat n'est-ce pas Jean-Phi ;-) ma 107 en dortoir à deux places c'est sûr que c'est pitchounet, et son klaxon est "mal" placé ;-) . Le restaurateur découvre TuTuuuT et Bruno, et se résout à accepter notre santé mentale qui lui semble quelque peu précaire, mais très amusante ;-) Au loin entre les falaises de la clue de Saint-Auban, le crépuscule tisse des rideaux diaphanes dans le ciel. Le dîner enchante TuTuuuT car son autruche fait le clown… tiens c’est bizarre ça ;-) et notre mascotte s’essaie à la corde à nœuds, au toboggan … hou la la c’est fatigant une vie de petit lapin en peluche ;-)

Etant donné que c'est ma 107, conduite par Jean-Phi et Bruno, qui doit ramener Thierry à son point de départ le matin, là où il est arrivé la veille bien sûr, nous avons droit à un petit répit Maïe et moi. Je pars donc me balader un peu, pour repérer les futures balises que devra suivre Titi lorsqu'il repassera par ici. Il n'y a pas grand chose à voir sans aller loin, mis à part un tout petit lac barricadé en tant que réserve de pêche. Je vais et viens lorsque un gentil chien, puis deux, s'approchent de moi et me font une fête délirante, se couchant sur mes pieds et se roulant pas terre pour avoir des câlins, deux véritables amours de chiens. Mais ils ne veulent plus me quitter, et je dois regagner le camping-car et traverser la route. C'est alors que de leur maison présumée parvient un petit sifflement, leurs maîtres qui doivent être réveillés ont dû les entendre aboyer en jouant avec moi, tout est bien qui finit bien, et je peux laisser sereinement mes compagnons à quatre pattes, attendrie.

De Saint-Auban et le Défens, c'est à présent Valderoure qui nous attend, après une courte pause au lac de Valentin, oasis de verdure lovée au milieu des champs qui commencent à blondir sous le soleil estival. Dans un petit jardin, des sculptures en bois jouent avec le naturel, bien que façonnées à la tronçonneuse, les animaux ainsi créés sont pour la plupart grandeur nature. Valderoure abrite plusieurs artistes, l’endroit doit être source d’inspiration.  Les roses trémières rivalisent avec la lavande en attirant des myriades de papillons colorés. Au loin des chevaux profitent d’un peu d’air. Vu l’heure, nous tentons une incursion à Valferrière où un restaurant nous a été indiqué, mais il est fermé le lundi. Retour sur Valderoure où nous improvisons un casse-croûte, tandis que je me suis encore fait un copain chien inlassable au jeu.

Le ciel s’assombrit et l’orage gronde dans le lointain lorsque Thierry repart pour Séranon, mais les averses ont résolument décidé de l’épargner pendant tout son tour, et l’étape du jour se termine dans de bonnes conditions, le camping-car trouvant pour la nuit à s’installer à Saint-Vallier-de Thiey.

Le lendemain, à Saint-Cézaire sur Siagne, le balisage n’est pas facile à repérer, et comme le village regorge de sens interdits, la place centrale étant en outre condamnée pour le marché, je vais devoir crapahuter pour trouver le trajet du camping-car et notre point de ralliement, situé à côté de la chapelle romane de Notre-Dame-de-Sardaigne et son sarcophage. Nous trouvons finalement un endroit accueillant pour une pause méridienne.

Le soir, au camping de la Rivière à Auribeau-sur-Siagne, un bel emplacement nous est dévolu, non loin de la rivière. Il y a même une piscine, il fait tellement chaud qu’elle me tente même si je n’aime pas trop les piscines, mais après quelques brasses, me voilà envahie par trois touristes bedonnants et brailleurs, qui se jettent à l’eau en hurlant, faisant même fuir les minous sagement installés sous les transats !! je fais contre mauvaise fortune bon cœur, ce camping est le paradis des chats, et TuTuuuT se fait un petit copain tigré adorable, qui joue avec lui et part en exploration dans le camping-car, en nous faisant plein de câlins. Non loin de là, je tente de sympathiser avec un petit âne blanc au caractère un peu ombrageux. De l’autre côté de la route, un enclos hétéroclite abrite une famille de daims avec des petits, ils sont magnifiques, et des canards couvent leurs bébés à plumes. C’est le point d’arrivée et de départ de Thierry, juste sur son parcours, c’est parfait.

Au Tignet, la civilisation que nous avions quelque peu oubliée refait surface dans nos esprits, bruit, pollution et circulation redeviennent notre environnement, et pour ma part j’ai énormément de mal à me réadapter.

Pour Thierry c’est de la route jusqu’à la forêt du Grand Duc, sur la route de Tanneron, et pour nous aussi jusqu’à Saint-Jean. Pour l’occasion, il a pu obtenir une autorisation spéciale de traverser le domaine de Barbossi, bunker hyper-sécurisé pour milliardaires avertis, et nous allons donc l’attendre à l’entrée. Nous nous garons à proximité, et je fais prudemment les cent pas à distance respectable du portail. C’est sans compter avec les caméras et la vigilance du gardien, qui me rappelle que je suis sur une propriété privée… ben oui je marche de part et d’autre de la ligne blanche, donc j’empiète sur le territoire …. je vais donc me décaler… mais il me fait observer que photographier est aussi interdit, même hors ligne blanche … fort heureusement je parviens à négocier ma présence intruse contre un coup de fil au responsable ouf (j’aurais dû leur présenter TuTuuut tiens ;-) et voici Thierry, le seul a avoir pénétré les arcanes du domaine.

Nous voici dès lors en terrain connu, et après un avant-dernier changement de pneus, Titi va retrouver le sentier surnommé H20 qui mène aux Trois Termes via la fontaine du Marsaou, pour gagner les Petites et Grosses Grues qui lui manquent depuis quelque temps ;-) il faut dire que après 29 000 m de dénivelé positif, ce n’est plus grand-chose pour lui. Mais jusqu’au Trayas la piste est quand même longue et caniculaire, elle lui vaudra sa seule chute du parcours, sur le plat, je me sens moins seule sur ce coup-là ;-) fort heureusement sans gravité, comme il le dit lui-même, une belle « pizza » au genou, et un coude en vrac. Mais un vrai champion ne se plaint jamais et endure tout, belle leçon de ténacité et d’abnégation sans faille une fois de plus. La plaie sera nettoyée… à l’eau de mer tout simplement ! Nous sommes accueillis par José Cobos qui nous attendait comme prévu au Panama avec sa gentillesse habituelle. Besoin de récupérer un peu après toutes ces aventures, il reste encore un bon bout de route à parcourir jusqu’à Nice, et il fait de plus en plus chaud, alors la raison l’emporte, il est plus rationnel de repartir en fin de nuit suivante, pour envisager une arrivée à Nice en fin d’après-midi.

Après une nuit réparatrice, c’est à 5h du matin que nous sommes de retour à la Figueirette. Les cigales sont encore endormies, et dans l’aube qui hésite entre l’orange et le rose sur l’horizon, le phare en contrebas darde ses rayons. Une sphère magique s’élève, et un soleil presque fuchsia fait danser des reflets dorés éphémères sur une mer calme et des voiliers encore endormis. C’est dans ce matin sublimé par l’astre solaire que Thierry aborde un endroit qu’il connaît bien, puisqu’il s’agit du parcours de l’arrivée du Trail des Balcons d’Azur, avec ses plages, ses escaliers traîtres et son passage sur le chemin de ronde du château de La Napoule.

 

La « civilisation » se réveille de la torpeur estivale d’une  nuit caniculaire, et la réadaptation à l’agitation du littoral n’est pas toujours évidente, entre la circulation et une faune plus ou moins bien remise de ses agapes nocturnes, tandis que les premiers baigneurs profitent d’une mer d’huile, et que les cigales reprennent leurs stridulations.

Thierry découvre que le cap d’Antibes, par le sentier des douaniers, lui réserve quelques faux plats montants et descendants, avant de retrouver Jean-Phi à la Garoupe. Bruno fait une courte apparition à Villeneuve-Loubet, chut il y a une surprise, l’autruche a plus d’un tour dans son sac de plumes et va revenir bien vite  ;-) tandis que John-Lee arrive sur son vélo. Il est l’heure de rallier Nice dans les temps, après une courte pause à Ferber où nous laissons le camping-car, la Prom’ n’est plus qu’une formalité.

A hauteur du Palais de la Méditerranée, un petit groupe de fidèles attend le champion pour une ovation mêlée de ola et de bruitages divers, tels cette bouteille en plastique transformée en tambourin. TuTuuuT est fier, très fier de son idole, interviewée par Bruno sur ses impressions de son « petit séjour ». Certains ne résistent pas un plongeon dans la mer et nous attendons tous une bonne bière avec impatience !! Aussitôt dit, et presque aussitôt fait, la petite bande se retrouve attablée pour trinquer à la santé du héros du jour.

Que dire de tant de courage, de volonté, d’abnégation, de ténacité, les mots me manquent, tant je suis fière et émue. 12 jours, 8 heures et 32 minutes pour 528,76 km et 29 700 de dénivelé positif, c’est juste magnifique, presque irréel, énorme, phénoménal et bien plus, là j’avoue manquer de vocabulaire pour qualifier un tel exploit. Qu’ajouter d’autre que d’exponentiels mercis et bravos tant les mots me semblent petits à côté de la prouesse que vient de réaliser Thierry.

Malgré la fatigue il a encore son beau sourire, et c’est merveilleusement émouvant de le voir ainsi être arrivé au terme de cet objectif surdimensionnée qu’il s’était fixé, de cette aventure humaine remplie d’émotion qu’il nous a fait vivre au quotidien. Maïe et moi avons au quotidien vécu intensément ces journées riches en rebondissements, mais notre fatigue sait se faire oublier, elle n’est rien comparée à l’extraordinaire endurance de Thierry.

Ces minutes qui ont parfois duré des heures dans l’attente sans nouvelles, et à présent ces secondes qui s’égrènent trop rapidement dans la fin de l’histoire, ont un parfum mêlé d’émotion et de nostalgie déjà, les instants les plus beaux sont toujours éphémères mais ce périple restera à jamais gravé dans mon cœur.

Merci Thierry, merci d’être toi, merci d’être là: tu nous a fait vivre des moments magnifiques et magiques J

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